DES
SALARIES DETACHES A L'ETRANGER
UN
STATUT SOCIAL ET
FISCAL PARTICULIER ?
Il arrive très souvent que les entreprises soient amenées à envoyer certains de leurs collaborateurs à l'étranger, soit :
·
pour des missions de
courte durée,
·
pour des séjours
plus ou moins longs en vue d'exécuter des tâches déterminées par l'entreprise
située en France.
·
pour y être détachés
pendant une durée indéterminée
Les
solutions peuvent varier suivant les cas d'espèce et le pays vers lequel a lieu
le déplacement.
Quelques
définitions :
v
LA MISSION : Il s'agit d'une mission d'ordre professionnel ou de voyages
d'affaires qui conduisent certains collaborateurs d'une entreprise à des
déplacements fréquents, successifs et souvent
impromptus dans un même état ou une série d'états, pour une durée inférieure ou égale à trois mois.
v
LE DETACHEMENT : Il s'agit d'un travail prévu à l'avance, en un
lieu déterminé avec une certaine continuité d'une durée en général supérieure à
trois mois.
v
LE DETACHEMENT
LONGUE DUREE : C'est un déplacement qui excède la durée prévue
par un accord international (règlements communautaires ou conventions
bilatérales), et requiert des autorisations spécifiques. En principe, le
salarié conserve des liens avec son employeur habituel.
LEGISLATION DU TRAVAIL
De par son caractère temporaire, le détachement ne rompt pas le contrat de travail unissant le salarié à son employeur d'origine.
Le
salarié qui se déplace pour une assez longue durée à intérêt à faire préciser
dans son contrat de travail ou dans la lettre de mission :
ü
les modalités de sa
rémunération et ses conditions de travail
ü
le maintien de ses
droits acquis en matière d'ancienneté
ü
la qualité de
l'employeur lorsque le salarié est mis à la disposition d'une filiale
ü
les modalités d'une
éventuelle rupture
ü
les modalités
concernant les frais de déplacement…
La
situation des salariés détachés au regard de l'assurance chômage est réglée par
l'annexe 9 du règlement UNEDIC, c’est à dire :
* sont considérés comme détachés et soumis obligatoirement au régime
d'assurance chômage, les salariés admis à conserver, pendant la durée d'une
mission hors de France, le bénéfice du régime français de sécurité sociale. Les
taux de cotisations d'assurance chômage sont ceux de droit commun.
* les
Français et autres ressortissants de l'Union Européenne expatriés doivent
obligatoirement participer au régime d'assurance chômage, dès lors qu'ils ont
conclu un contrat de travail avec une entreprise située en France en vue
d'exercer une activité à l'étranger (sauf UE) quelle que soit la durée de
l'emploi. Les employeurs sont tenus de s'affilier spécialement à la caisse
chômage des expatriés qui fonctionne au sein du groupement ASSEDIC.
PROTECTION SOCIALE
Les
lois concernant la protection sociale ont un caractère territorial. Cela
signifie que :
Les
procédures prévues ne peuvent dispenser du versement de cotisations dans l'Etat
de détachement que lorsque celui-ci est lié à la France par un accord
international de sécurité sociale ou un accord bilatéral : Règlements
européens, conventions ou accords de sécurité sociale avec plusieurs Etats ou
Province d'Etat (Québec) et avec certains TOM.
En
l'absence d'accord international ou lorsque la durée prévue par l'accord
international est dépassée, le salarié devra être assujetti à la législation de
l'Etat d'accueil à moins que la législation de cet Etat ne l'en dispense. Il y
a alors double affiliation et versement des cotisations tant au régime français
qu’au régime local.
Le
maintien du travailleur au régime français de Sécurité Sociale, implique
obligatoirement:
* le versement intégral des cotisations prévues
par la législation française
* le service de toutes les prestations
françaises de Sécurité Sociale à l'exception des prestations familiales qui
peuvent être exclues ou limitées lorsque la famille accompagne le travailleur
détaché.
Les
cotisations se calculent suivant les mêmes règles d'assiette et les mêmes taux.
Les
suppléments de rémunération liés à l'expatriation ne font pas l'objet d'une
exonération particulière, contrairement à ce qui est prévu en matière d'IRPP
(Cf § 2-3). Ces suppléments ne peuvent échapper aux cotisations que s'ils
ont pour objet de couvrir des dépenses ayant le caractère de frais
professionnels. Citons par exemple :
· les dépenses liées aux frais de logement (frais de
déménagement, frais d'hôtel, frais de garde meubles…)
· les dépenses liées aux frais de transport : voyage
de reconnaissance du salarié et de son conjoint, location de voiture à
l'arrivée au départ…
En
revanche sont soumises aux cotisations :
· les indemnités destinées à compenser les
conditions d'existence particulières aux lieux d'affectation
· les indemnités de dépaysement compensant les
inconvénients d'ordre moral liés à l'éloignement.
· les indemnités de logement égales au montant du
loyer et versées de façon permanente aux salariés en détachement de longue
durée.
Cas
particulier :
Les limites d’exonération des
indemnités forfaitaires pour grand déplacement outremer ou à l’étranger
(déplacements ne dépassant pas trois mois dans un même lieu)
Par
décision de l’ACOSS, ces indemnités exprimées en monnaies locales et par
journée de déplacement (repas et hébergement) ne concernent pas les salariés expatriés, ni les particuliers.
Les
limites d’exonération ne sont valables que pour durée maximum de déplacement de trois mois, au-delà, l’employeur doit, pour conserver son
exonération justifier du montant des frais professionnels supplémentaires
auprès de l’ACOSS.
FORMALITES POUR LE MAINTIEN AU REGIME SS FRANCAIS |
MISSION ET DETACHEMENT DANS UN ETAT
MEMBRE DE L'EEE (Espace Economique Européen) |
MISSION ET DETACHEMENT DANS LES ETATS
LIES A LA
FRANCE PAR CONVENTION OU UN ACCORD BILATERAL DE SECURITE SOCIALE |
|
Mission inférieure à 3 mois |
1° Salarié ressortissant d'un
Etat de l'EEE, apatride ou réfugié : - remplir un questionnaire de
maintien au régime français de SS. - remplir deux exemplaires du
E101 validés par la suite par la CPAM. 2° Salarié non ressortissant
d'un Etat de l'EEE : - remplir un avis de mission
S 9203 |
- Adresser à la CPAM l'avis
de mission S 9203 |
|
Détachement entre 3 mois et 1
an |
1° Salarié ressortissant d'un
Etat de l'EEE, apatride ou réfugié : - remplir un questionnaire de
maintien au régime français de SS. - remplir deux exemplaires du
E101 validés par la suite par la CPAM. 2° Salarié non ressortissant
d'un Etat de l'EEE : - compléter l'attestation de
détachement S 9201 |
Détachement au-delà de 3 mois
et dans la limite de l'accord initial prévu par la convention ou l'accord
bilatéral. 1° Salarié français ou a la nationalité
de l'Etat signataire de la convention : - remplir la demande de
maintien, ou parfois avec certains états, l'imprimé conventionnel en 3
exemplaires 2° Salarié d'une autre
nationalité : - compléter l'attestation S
9201 en 3 exemplaires |
|
Détachement supérieur à 1 an
ou de longue durée |
1° Demande de prolongation
au-delà de l'accord initial dans la limite de 12 mois supplémentaires. - remplir l'imprimé E102 en 4
exemplaires et l'adresser auprès de l'autorité compétente de l'Etat de
détachement. 2° Demande d'autorisation de
détachement de longue durée - solliciter une autorisation
exceptionnelle de maintien d'affiliation auprès du Centre de Sécurité Sociale
des Travailleurs Migrants. |
Détachement au-delà de
l'accord initial ou d'un détachement prévisible de longue durée. 1° Salarié français ou a la
nationalité de l'Etat signataire de la convention : - Saisir le Centre de
Sécurité Sociale des Travailleurs Migrants, et compléter un imprimé
spécifique 2° Salarié d'une autre
nationalité : - faire une demande de
maintien auprès de la CPAM |
q Les
dispositions du règlement communautaire (Union européenne et Espace
Economique Européen) concernent les états suivants :
-
Allemagne
-
Autriche
-
Belgique
-
Danemark
-
Espagne
-
France (y compris DOM)
-
Finlande
-
Grèce
-
Irlande
-
Islande
-
Italie
-
Liechtenstein
-
Luxembourg
-
Norvège
-
Pays bas
-
Portugal
-
Royaume Uni
-
Suède
q Pays liés à la France par une convention
bilatérale :
|
Durée
maximum de maintien possible |
Pays
de détachement |
|
6
mois |
Monaco,
Pologne, Cameroun, Saint Marin |
|
12
mois |
Bénin,
Congo, Gabon, Israël, Jersey, Niger, République Slovaque, Tchèque |
|
2
ans |
Andorre,
Côte d'ivoire, Madagascar, Mali, Suisse, USA (TNS) |
|
3
ans |
Algérie,
Canada, Cap Vert, Croatie, Macédoine, Mauritanie, Maroc, Philippines, Québec,
Roumanie, Sénégal, Slovénie, Togo, Tunisie, Turquie |
|
5
ans |
USA
(Salariés) |
QUELQUES LIGNES SUR
LE STATUT FISCAL
DU SALARIE DETACHE
A L’ETRANGER :
Lorsqu’ils
conservent leur domicile fiscal en France, les salariés français envoyés en
mission à l’étranger sont normalement
passibles de l’IRPP français sur l’ensemble de leurs revenus, y compris la
rémunération de leur activité à l’étranger.
Toutefois,
par le jeu de dispositions spéciales,
les intéressés sont, cependant, susceptibles d’être, en France, exonérés d’impôt sur tout ou partie de leur
rémunération. L’application de ces mesures est subordonnée à la condition
que le salarié soit envoyé à l’étranger par
un employeur établi en France.
EXONERATION EN
TOTALITE DE LA
REMUNERATION DE L’ACTIVITE
A L’ETRANGER DANS
DEUX CAS :
v
Rémunération
soumise, dans l’état où s’exerce l’activité, à un impôt sur le revenu au moins
égal au 2/3 de celui qu’elle supporterait en France ;
v
Rémunération versée
en contrepartie de l’exercice à l’étranger de l’une des activités énumérées
ci-après pendant une durée supérieure à 183 jours (environ 6 mois) au cours
d’une période de 12 mois consécutifs (cela peut être à cheval sur deux années
civiles).
·
Chantiers de construction ou de montage,
installation, mise en route et exploitation d’ensembles industriels,
prospection et ingénierie ;
·
Prospection, recherche, extraction de ressources
naturelles ;
·
Prospection de la clientèle de certains marchés
commerciaux
Lorsque
le bénéficiaire ne peut pas bénéficier des exonérations précédentes, la
rémunération perçue pour l’activité à l’étranger est imposable en France qu’à
concurrence de celle que le bénéficiaire aurait eue en France pour la même
activité.
Les suppléments de rémunération retirés de l’exercice de la profession
(majorations de salaires ou de commissions, primes ou indemnités journalières
destinées à compenser les sujétions liées à l’éloignement familial ou aux
difficultés de travail, ne sont pas
imposés, dès lors que le
contribuable apporte la preuve du lien entre ces suppléments et sa mission à l’étranger.
En revanche, ce statut fiscal particulier ne s’applique pas aux suppléments de
salaire versés à l’occasion de réunions périodiques à l’étranger.